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Apprendre à vivre ensemble

Lorsque nous avons choisi de nous lancer dans l’aventure de la vie hors école avec Mihla, j’avais une vague idée de ce que nous allions pouvoir faire pour répondre et alimenter les apprentissages de types scolaires. A ce moment là ils étaient les principaux, voire les seuls, que j’envisageais…

En réalité j’étais assez loin de ce que nous allions vivre !

Chez nous le rythme de vie est en mouvement perpétuel : famille recomposée au papa globe-trotter pour le travail, nous changeons souvent de configuration, passant aléatoirement de 4, à 3 ou 2 personnes a être à la maison ! Avec Mihla nous sommes ce que nous pourrions appeler les « éléments permanents » ; bien que moi aussi je parte aussi régulièrement en formation. Notre « organisation », si on peut la nommer comme cela ! Nécessite souplesse et adaptation, elle constitue un véritable défi avec lequel nous apprenons sans cesse à jongler, avec notamment l’aide des grands parents qui y tiennent une place plus ou moins importante selon les périodes.

Choisir l’instruction en famille comme mode de vie nous impose et nous permet d’explorer activement le « vivre ensemble »… Si il est un apprentissage que nous faisons tous au cours de cette expérience, c’est bien celui-là ! Partager le quotidien en famille lorsque Christophe travail de la maison, que notre grand collégien est là en week-end ou en vacances, ou encore lorsque nous sommes toutes les deux avec Mihla, nous amène à visiter un vaste champ d’expérimentations diverses et variées dont les balises se sont peu à peu révélées comme étant constituées par les besoins de chacune des personnes présentes. On pourrait résumer ça à un joyeux casse-tête dont les éléments principaux sont en mouvement, et dont les multiples challenges agrémentent nos journées !

Comment parvenir à concilier mon besoin d’activités personnelles ; que ce soit pour le travail ou autre chose, avec celui d’attention de Mihla ?

Comment réussir à conjuguer l’énergie de la danse et du chant avec le besoin de calme de Christophe qui rentre de déplacements à l’étranger ?

Comment arriver à répondre au besoin de Mihla d’être en lien avec ses ami(e)s et au mien de rester tranquille à la maison ?

Je pourrais en citer mille…! De ces interrogations qui m’apparaissent encore parfois comme des énigmes…

Les premières années, entre le jeune âge de Mihla, nos difficultés à être créatifs et la mienne à relativiser ! Nous avons plutôt beaucoup tâtonner… Perdant patience régulièrement, s’oubliant aussi et avançant du mieux que nous le pouvions… Aujourd’hui nous naviguons toujours au milieu des besoins de chacun de façon expérimentale, mais la principale différence c’est que je ne pense plus qu’il y ait d’autres alternatives pour tenter de s’ajuster au mieux. Nos besoins évoluent sans arrêt avec nous, et il m’apparaît finalement comme essentiel de continuer à muscler nos capacités adaptatives et créatives, plutôt que d’espérer parvenir à trouver LA formule idéale… Qui n’existe sûrement pas !

Je pourrais par exemple évoquer nos réflexions autour de « l’ambiance sonore » de la maison ou plus clairement de la question musicale !

Mihla aime « faire péter les watts » comme elle le dit ! Elle aime danser !

Pour cela elle s’installe généralement dans le salon, ce qui peut être facilement gênant pour nous puisque la pièce avec nos bureaux est mitoyenne. Lorsque nous sommes parvenus à prendre le temps d’échanger ensemble pour mieux appréhender ce qui se jouait, nous avons pu comprendre que :

  • pour Mihla dans le salon il y avait plus de place pour danser que dans sa chambre,
  • pour moi ou Christophe selon les jours, un calme relatif était parfois nécessaire pour travailler, notamment au téléphone ou en visio-réunion.

Apercevoir la réalité subjective de chacun nous permet de cheminer vers des ajustements prenant le mieux possible en compte ce qui est important pour nous tous qui partageons le même espace de vie. Et selon les jours nous n’allons pas trouver les mêmes compromis ! Face à cette situation parfois la solution va être dans le tempo : pendant que je prépare le repas, que j’étends du linge ou autre la musique peut être forte dans le salon, alors qu’ensuite lorsque je me (re)mets à mon bureau j’ai besoin de moins de bruit, je peux aussi parfois mettre des boules quiès selon ce que j’ai à faire. D’autres fois, quand Christophe est au téléphone par exemple, le calme est nécessaire, selon les jours Mihla va choisir de prendre l’ipod avec les écouteurs et de danser en restant dans le salon, ou bien elle va aller dans sa chambre dans laquelle il y a moins de place mais où elle pourra mettre la musique avec la porte fermée.

Avec le temps, l’entraînement et Mihla qui grandit, nos capacités respectives et mutuelles à vivre ensemble se développent. L’espace de la famille me semble être un terrain privilégié où l’on peut choisir d’explorer, construire et faire grandir nos aptitudes à la coopération, pour déployer toujours plus nos compétences d’écoute et de compréhension afin de nous entendre respectivement. Ces facultés étant souvent peu mises en avant et sous-exploitées, du fait des principes de fonctionnement de nos sociétés, qui reposeraient plutôt sur l’autorité, la hiérarchie ou encore la compétition…

La vie hors-école m’apparaît comme un « boosteur » ! Bien qu’on soit à des années lumières de l’image caricaturale de l’enfant non-scolarisé enfermé chez lui, nous passons beaucoup de temps ensemble !

Je sens personnellement qu’au fil de ce chemin que nous parcourons ensemble, j’acquiers en souplesse et en adaptabilité. Ma confiance se construit et grandit, petit à petit s’établit en moi la certitude que mes besoins sont entendus et pris en compte, je deviens spontanément plus à même de faire des efforts pour que l’autre se sente le mieux possible également au sein de notre petite communauté familiale. J’ai la sensation que les enfants réalisent un processus similaire en eux ; de façon plus inconsciente sûrement, l’empathie se tisse au fil des expériences partagées et peu à peu ils leur devient possible de se représenter ce que l’autre vit et ressent et de le prendre en compte dans leur propre fonctionnement.

Vivre ensemble est à mes yeux une fabuleuse expérience, pleine d’apprentissages et de richesses ; qui m’étaient insoupçonnés lorsque nous avons choisi de nous lancer dans l’aventure familiale de la vie sans école. Cette facette de notre quotidien partagé que je n’avais pas envisagé m’apparaît comme un aspect essentiel du chemin de vie que nous créons ensemble. Nous y développons tous, pas uniquement Mihla ! Des compétences relationnelles et sociales qui me semblent fondamentales au fonctionnement de notre communauté familiale, et par extension à toutes les formes de communautés auxquelles nous pouvons participer et appartenir.

Culturellement j’ai été longtemps centré sur les apprentissages de types « scolaires », n’apercevant même pas les autres en tant que tel… L’instruction en famille me permet d’ouvrir doucement les yeux sur la multitude et la diversité des expériences et acquisitions que nous pouvons faire et qui nous sont tout autant (si ce n’est plus?) nécessaires ! Aujourd’hui je m’exerce à observer et prendre encore et toujours plus conscience de l’apprentissage sous toutes ses formes, pour entrevoir le vaste champs des possibles qui s’offrent à nous… !

Article paru dans le magazine de la parentalité positive PEP’S n°23

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