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L’autonomie et ses messages contradictoires

A la fin d’une conférence sur la gestion des émotions à laquelle j’ai assisté, arrive le temps des questions et des échanges avec l’intervenante. Deux interrogations de maman m’interpellent et intérieurement une réflexion s’enclenche à l’écoute de ces paroles…

Une première maman évoque une de ses problématiques du moment : comment parvenir à ce que son enfant de trois ans gagne en autonomie pour faire plus de choses par lui même, sans en permanence avoir besoin d’aide, voire qu’on fasse pour lui ?

Dans mon esprit, l’image qui me vient de l’enfant lorsqu’il a aux alentours de trois ans c’est vraiment celle d’un être qui veut choisir par lui même et « faire tout seul » ! En pleine période de construction psychique du « je », de cette personne à part entière qu’il est, qui se découvre et s’expérimente comme l’auteur de ses propres choix, de sa propre vie.

Remonte le souvenir, lors de cette étape, de l’enjeu vécu pour nous, au sein de notre famille, de parvenir à faire tous ensemble en naviguant subtilement avec les besoins de chacun ; prenant en compte les nôtres tout en ménageant une étape clé de développement.

Je me rappelle alors à quel point il peut être facile de glisser vers le « faire à la place de »… Dans nos vies aux rythmes trop souvent effrénés, où il nous est souvent devenu complexe de laisser le temps aux choses de s’expérimenter et se vivre…

Éveillée sur la question par mes lectures et formations, je me remémore un épisode précis: lorsque Mihla a appris à mettre ses chaussures seule. L’entraînement avait commencé sous forme de jeu, comme souvent ! Avec ses bottes de pluie en caoutchouc qu’elle s’amusait à mettre et enlever pour se promener dans la maison. Vers deux ans et demi le besoin de faire par elle même devenant de plus en plus prégnant, sa volonté de parvenir à se débrouiller seule rencontra les sandales à lanières scratchées et les trouva sympathiques ! Je la revois passant un temps considérable, facilement une demi-heure, sur ce nouveau défi intérieur : chausser ses sandales seule…

A ce moment là j’ai commencé mes formations à la pédagogie Montessori et (par chance?) je suis en alerte autour de la question du développement de la capacité à focaliser son attention chez le jeune enfant, du fait que pour être accessible le passage par le corps est indispensable. La concentration, nécessaire à l’apprentissage, est si fragile et subtile à cet âge où elle se (re)construit, que la meilleur façon pour se fixer sur une tâche est de l’accomplir avec ses mains.

Mihla assise au sol s’y reprend à plusieurs fois pour réussir à mettre son pied dans la chaussure ; le droit lui donnant sacrément plus de difficultés… Puis vient le plus délicat : arriver à faire passer la lanière scratchée dans la boucle en métal pour pouvoir fermer la sandale !

Évidemment il aurait été plus facile et surtout plus rapide que je le lui fasse… Mais voilà l’enjeu pour elle n’est pas d’être prête, ni même d’être juste chaussée, il est bien plus vaste ! L’enjeu justement c’est de s’exercer et de conquérir son… Autonomie !

Alors je m’interroge : qu’est-ce qui peut bien éloigner l’enfant de cet objectif si central pour lequel il est intrinsèquement programmé ?

Et si les messages contradictoires qu’il a tendance à recevoir en permanence y étaient pour quelque chose…

Bien sur nous ne pouvons pas nous caler uniquement sur le rythme de notre/nos enfant(s)… Encore que… Mais l’autonomie peut-elle avoir lieu et exister seulement lorsque c’est le moment pour nous ou qu’elle nous arrange ? Je ne le crois pas…

L’autonomie est une conquête, un élan qu’il nous appartient de repérer lorsqu’il tente de se mettre en œuvre afin de pouvoir lui accorder de l’espace. Liée intimement à la question de l’apprentissage, l’autonomie a besoin de temps pour se construire au fur et à mesure que l’enfant l’explore et l’expérimente.

Au départ quand mon enfant commence à vouloir s’habiller seul, c’est vrai que c’est quand même légèrement beaucoup plus long que si je le fais avec ou pour lui ! Dans ces moments là, une idée me soutien efficacement : je me connecte au fait que nous sommes tous les deux en train de nous simplifier le quotidien à moyen/long terme ! Ici et maintenant si je parviens à faire de la place aux temps d’entraînement, mon enfant bientôt « surentraîner » saura s’habiller seul ! Pendant que je pourrais finir de boire tranquillement mon thé avant que nous partions… 😀

Si je n’y parviens pas de façon récurrente, il me semble que le risque que je prends c’est justement que l’enfant finisse par enregistrer le message implicite que je lui transmets, qu’il ne vaut mieux pas qu’il tente d’apprendre à faire par lui même puisque c’est une perte de temps, et même si elle reviendra forcément, la volonté d’y parvenir risque de s’éteindre pour un certain temps.

Pourtant, il arrive aussi encore que Mihla, sept ans maintenant, me demande de l’habiller, de lui mettre ses chaussures, de lui brosser les dents ou même de lui donner à manger ! Évidemment tout cela fait depuis un bon moment parti de ses « compétences acquises » dirons-nous, alors que peut-il s’exprimer et se jouer ici ?

La deuxième question sur l’autonomie, suite à la conférence, m’a justement donné l’impression d’entendre quelque chose de cet ordre là… Ayant plus trait à la « régression » comme on la nomme souvent, qu’à l’autonomie en elle même…

Chez nous, quand je prends le temps, ce que j’identifie le plus souvent de ces appels ce sont des demandes à faire ensemble, et même plus à être ensemble, connectées… Quand je parviens à me poser un peu pour décrypter les situations, je finis par entendre un besoin d’attention s’exprimer, selon les circonstances il se manifeste sur ce type d’actions, soit par fatigue, soit parce que je n’ai pas pu ou su me rendre disponible pour quelque chose de moins « important » à mes yeux d’adulte, comme jouer ou rire ensemble. Mon enfant me sollicite alors sur des point(s) plus pratique(s) du quotidien qu’il sait par expérience que j’ai tendance à prendre plus facilement en considération parce que j’ai besoin de mon côté que ça « avance »…

Ici il n’est je pense plus question d’autonomie même si en apparence on pourrait y croire, les capacités à faire seul sont là, l’enjeu est ailleurs… Il est, selon moi, dans le vaste et riche sujet des besoins. Ces forces motrices au service de l’épanouissement que sont les besoins cherchent à s’exprimer dans le but de permettre à chacun de s’équilibrer en permanence. Leur prêter de l’attention pour apprendre à les identifier et les comprendre est une compétence au combien centrale de notre rôle de parents. Considérer les besoins de nos enfants, et de tous les membres de la famille sans nous oublier, me semble toujours plus être une piste essentielle pour que chacun puisse se sentir bien et, par extension comme automatique, que le quotidien puisse s’apaiser et se fluidifier ; qu’ils soient question de pouvoir expérimenter et s’entraîner ou de recevoir de l’attention et de faire ensemble.

Finalement ce qui me revient à l’esprit en écrivant ces lignes c’est encore la notion de confiance… Je suis persuadée que les enfants sont capables de sentir et d’aller eux-mêmes vers ce dont ils ont besoin, et souvent un des éléments clés de leur démarche va se trouver dans notre capacité à être confiant pour les accompagner avec justesse. Parce que si nous avons facilement tendance à sous-estimer leur perception de leurs propres capacités, ils peuvent finir par en faire de même… Je ris en pensant que ce travail avec moi même n’est pas prêt de se terminer ! Un jour Mihla aura sûrement envie (je l’espère!) de sortir avec ses ami(e)s, d’aller refaire le monde à la terrasse d’un café, de danser ! De voyager ! J’aimerais parvenir à l’accompagner et la soutenir du mieux possible sur son chemin de vie à elle, au delà de mes à priori liés à son âge du moment !

Article paru dans le magazine de la parentalité positive PEP’S n°22

1 Comment

  1. Nathalie

    Bien écrit. On est en plein dedans avec Alysson. Tu as raison c’est un investissement de temps a moyen/ long terme… va falloir se lever un peu plus tot 🙂

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